repentance ou renoncement ?

Le 26 octobre, j’apprenais le décès de Gérard de Chaunac Lanzac. G. de Chaunac avait été président de Cetelem au début des années 80, une entreprise où j’ai longtemps travaillé, sans l’avoir connu avant son départ en retraite en 1985.

Un président d’établissement financier comme on n’en imagine sans doute plus. Il n’avait entendu parlé ni de lean management, ni de ACE. Power point n’existait pas et il aurait été bien en peine de manier un tableau Excel. Mais cette entreprise était alors en forte croissance. Elle était managée par des hommes (oui essentiellement c’est vrai) qui misaient sur les hommes et les femmes (pas encore souvent). les paris étaient parfois osés et des carrières se sont faites qui n’auraient existé nulle part ailleurs dans ce secteur.

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Mais Gérard de Chaunac n’était pas que cela. Pendant la guerre il rejoint la 2° DB du Général Leclerc. Commandeur de la Légion d’honneur, croix de guerre cité 4 fois, Legion of Merit (USA)… il sera aide de camp de Leclerc.

C’est pourquoi, en août 1994, avec les deux directrices d’agence Cetelem de Bourg la reine (Isabelle Guittard – à gauche sur la photo- et Annick Verdier), nous l’avions invité à venir commémorer dans cette ville la libération de Paris, en présence des équipes, du maire et de quelques personnalités de l’entreprise. La 2° DB avait fait halte à Bourg la reine avant de rentrer dans Paris par la Porte d’Orléans, et un char à son nom en perpétue le symbole. Nous étions fiers, émus et honorés. Lui aussi était ému.

Pour ce jeune officier, rejoindre les FFL, remonter d’Afrique, passer par Paris pour aller libérer Strasbourg, cela allait de soi, comme un impératif catégorique. Pour eux, qu’ils soient vicomte comme Gérard de Chaunac, anciens des brigades internationales en Espagne, tirailleurs africains ou marocains, il n’y  avait pas de doute : la France n’était ni à Paris ni à Vichy. la France était à Londres, au Tchad, à Alger avant d’être à Bir Hakeim, Monte Cassino ou de débarquer en Provence.

Non les FFL n’étaient pas des supplétifs de l’armée anglaise, à l’inverse de ce que furent  pour le Reich nazi les combattants français de la Waffen SS. Ils étaient l’armée française.

La France ce n’était pas Pétain, la France c’était Leclerc, c’était de Gaulle.
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La cérémonie funèbre en mémoire de Gérard de Chaunac a lieu aujourd’hui même pendant que j’écris ces lignes, à St Louis des Invalides.

Alors, pourquoi le titre de cet article ?

… Parce que les dates et les symboles se télescopent. Le samedi 29 octobre, François Hollande a « reconnu » la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tziganes par le régime de Vichy.

«Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite», a dit le président. «La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame».

On a bien lu.

Bien sûr leur sort a été terrible, comme celui de tous les déportés et au premier chef des juifs envoyés à l’extermination.

Evidemment, il n’est nullement question d’épouser une geste héroïque de fantaisie montrant des Français unanimement résistants. Henri Amouroux a tout dit et longuement sur l’histoire des Français sous l’occupation. Après les 150.000 soldats tués au combat (qu’on ignore un peu trop) et le million et demi de prisonniers de guerre (on disait les « quinze cent mille »), la plupart des Français essayaient de subsister de nourrir leur famille et d’élever leurs enfants. Certains étaient courageux, d’autres lâche. Un nombre non négligeable a collaboré et activement… C’étaient des Français, mais ce n’était pas la France. E encore moins la République.

Car en faisant un pas de plus que Chirac dans la repentance (à propos du Vel d’hiv), en ne parlant plus de la responsabilité de « la France » mais de celle de la « République », un seuil est franchi : on abolit le fait que « l’Etat Français » de Pétain a justement aboli la République.

Et si la République porte une responsabilité dans ce drame, c’est donc qu’elle reconnait Vichy comme le continuateur de la légitimité publique. La France était donc à Vichy ?

Ce serait donc un combattant anglais qu’on honore aujourd’hui ?

Les mots ont un sens. Et en l’occurrence, la dictature des bons sentiments, de la fausse évidence, fait des ravages. L’absurde repentance rétrospective devient renoncement à ce que l’on est. Tragique.

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