Adieu Quinquin

Bon, voilà, Pierre Mauroy est mort.

Tous ceux qui l’ont combattu, villipendé, méprisé, à droite comme à gauche en font aujourd’hui un mec formidable. Il avait 84 ans. Ca devait faire au moins 4 ans que leurs conseillers com réactualisaient régulièrement la nécro.

Remettons les choses à leur place, pour la mémoire de Quinquin :

Pour eux, il était un peu le benêt. Le gros quand la mode est d’être maigre. L’autodidacte quand la mode est d’être énarque. Le sincère quand la mode est d’être cynique. Le probe, quand la mode est d’être pourri.

Ils l’ont méprisé pour être gros, du Nord, pas mondain, socialo sorti du rang. Ils l’ont méprisé pour n’être pas énarque. ils se sont foutu de lui pour le « bleu du ciel » qu’ils nous sortent en boucle aujourd’hui.

Ils l’ont vu comme un ringard, auquel Fabius devait succéder pour représenter la modernité. Ils l’ont haï pour la retraite à 60 ans, pour les 39 heures, pour la 5e semaine de congés payés.

le dernier social-démocrate français est mort. Un social-démocrate sans social-démocratie. Un type sans qui Mitterrand n’aurait pas eu le PS en 1971. Un type qui n’a pas hésité à s’allier à Rocard contre Mitterrand en 1979 au risque de tout perdre, juste pour ses convictions et qui fut néanmoins incontournable pour être premier ministre en 1981.

Un type qui a fait de Lille une métropole, qui, en chef d’entreprise (oui Mrs du PS et de l’UMP) a préparé et réussi sa succession.

Je suis venu à la gauche dans ces terres du Nord-Pas de Calais, modérées, tempérées. Je me trompe peut-être mais je crois qu’en 1973, sur 14 députés du Pas de Calais, 14 étaient de gauche. Il était de bon ton chez cosaques et parisiens de dire que ce n’était pas vraiment la gauche.

Es tu mort trop tôt ou trop tard, Quinquin ?

Trop tôt sans doute, parce que le social-libéralisme, la version actuelle du progressisme ancré dans la réalité ne peut que progresser.

Trop tard, parce que tu as vu les DSK, les Cahuzac, les Guérini et tant d’autres salir ce que tu as défendu.

Je pense à la chanson de Ferrat à propos de Boris Vian : « si tu les vois sur leurs guitares, ajuster de petit couplets, avec 15 années de retard, ce que tu dois en rigoler… »

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