Mariage pour tous, réflexions peut être iconoclastes

Mettons les choses au point, je suis pour l’égalité des droits et des devoirs pour les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle, donc pour le droit au mariage des gays et lesbiennes. Je me félicite donc du vote majoritaire de l’Assemblée nationale sur ce sujet,  ce samedi 2 février.

Le mariage est-il une revendication ?

260.000 mariages en 1994, 305.000 en 2000 (le pic), 241.000 mariages, dont 20 % de remariages en 2012, donc 200.000 « primo-accédants » au mariage, la chute est lente mais réelle et constante.

196.000 PACS en 2010 dont 9143 entre personnes du même sexe, soit 95 % de PACS hétérosexuels et 5 % entre personnes du même sexe… on voit que le PACS ne méritait pas les vitupérations d’une grande partie de la droite, mêlant  homophobie et outrances sur la mise en cause « des fondements de la société ».

En 1994, 37.2 % des enfants naissaient hors mariage. Ils sont 56,6 % EN 2012, avec une augmentation  régulière d’environ 1 point par an. Donc, si la tendance constante depuis presque 20 ans perdure, on sera à environ 65 % en 2020.

133.000 divorces en 2011, chiffre à peu près stable depuis une dizaine d’années.

Le mariage n’est plus perçu comme une institution mais bien comme un contrat de droit privé unissant temporairement deux personnes. La vie maritale n’est plus stigmatisée, le divorce pas davantage, la conception des enfants hors mariage est majoritaire.

N’est-on pas en train de faire beaucoup de bruit pour quelque chose qui finalement ne concernera que quelques milliers de personnes. En imaginant, ce qui ne semble pas extravagant, que la part des traditionnalistes quant à « l’institution » du mariage soit très sensiblement inférieure chez les homosexuels que dans le reste de la population, on pourrait extrapoler qu’il y ait 2 fois moins de mariages homosexuels que de PACS, soit au maximum 5000 par an, qui connaîtront sans doute la même érosion que l’ensemble des mariages.

Tout ça pour ça ?

« Le mariage pour tous « , quelle drôle d’idée ! non merci !

En revanche, Les mots ont un sens et je ne sais pas qui des opposants ou des partisans du mariage des homosexuels a eu l’idée d’appeler ça le « mariage pour tous ». Je redoute que ce ne soit des partisans. Le texte officiel s’appelle pourtant « projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe ».

« Mariage pour tous » signifierait qu’on abroge toute restriction. L’emploi de cette appellation qui ouvre à tout le moins débat sur la majorité nuptiale, sur les liens de parenté admis et interdits pour le mariage… est on ne peut plus équivoque. Bien sûr aujourd’hui personne ne pense à cela. Mais au nom du combat  sanctifiant pour l’élargissement permanent des « droits », qu’en sera-t-il demain ?

Une priorité ?

De même que dans une entreprise il est plus facile de faire avancer un projet quand il n’y a pas de développements informatiques requis, de même en politique il est plus facile de faire avancer les sujets de société que les sujets économiques et sociaux..

Mariage homosexuel, Procréation Médicalement Assistée, Gestation (j’ai failli écrire « gestion ») pour Compte d’Autrui, changement de nom de l’école « maternelle »… tous ces sujets sont importants et méritent l’attention et débat de société. Comme il est normal et même souhaitable, la loi est toujours en retard sur l’évolution de la société. Il est important qu’elle ne le soit pas trop.

Cependant, là ne sont pas les préoccupations de l’immense majorité de nos concitoyens. Préoccupés par le chômage, le blocage de l’emploi des jeunes, la baisse prévisible du niveau des retraites, l’augmentation du coût de la dépendance pour les familles… ils ont l’impression qu’on leur joue une comedia del arte pour leur faire oublier le quotidien.

Ce fut une des erreurs majeures de Zapatero en Espagne. Il a contribué -et c’est louable- à faire évoluer la société espagnole, mais il a été durement sanctionné politiquement pour avoir donné l’impression de ne s’être focalisé que sur ces sujets, laissant l’économie dériver, d’abord dans l’exubérance, puis dans l’inévitable dépresiion qui la suit.

 Le « zapatérisme » sociétal, théorisé par Olivier Ferrand et Terra Nova peut être le tobogan sur lequel glisse la déjà faible popularité de la Gauche française. Les réformes de société, oui, à condition qu’elles s’inscrivent aux côtés d’une ambitieuse et courageuse vision d’avenir proposée et partagée avec les Français sur l’Europe, l’innovation économique et sociale, un nouveau pacte flexibilité/sécurité.

Il est par ailleurs plus qu’étonnant que la Gauche ait choisi ce moment pour resouder une Droite rendue exangue par la bataille sanglante au sommet de l’UMP. Stratégie étrange…

Une vraie réforme du mariage ?

Elle impliquerait une réflexion collective et apaisée sur la pertinence des articles du code civil lus lors de chaque mariage, dont chacun sait que fort peu des nouveaux époux considèrent qu’ils les engagent vraiment.

Sont-ils encore d’actualité dans la société actuelle ? Le mariage comme contrat civil de plus en plus temporaire entre adultes consentants a-t-il besoin de la sacralité républicaine de « passer devant monsieur le maire » ?

Ces questions mériteraient d’être posées. Elles sont un tout autre débat.

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